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EURIMAG


<< Programe de Cercetare

 

Titre du Projet : 
European Images, Stereotypes and Prejudices
The Synoptic Multicultural Patrimony of Europe

Acronyme : 
EURIMAG

Type : Réseau d’excellence

 

A. Justification du projet : 
Centres de recherches (1) sur les imaginaires (2) européens (3)

1. Les centres de recherches.
L’objectif prioritaire de la recherche et de l’enseignement dans la Communauté Européenne est de dépasser la fragmentation nationale. A la différence des Etats Unis, ou la recherche est intégrée au niveau du pays, en Europe chaque pays dépense ses ressources sur des objectifs de recherche qui, bien de fois, recoupent et doublent des recherches semblables dans d’autres pays européens. Pour éviter ce gaspillage de fonds qui, unis, pourraient propulser ces centres a l’avantgarde de la recherche internationale, il faut envisager la création de réseaux fonctionnels, capables d’unifier sur des objectifs ciblés la recherche des savants des pays de l’Europe.
Or, dans le contexte des recherches en sciences humaines, le réseau CRI, réunissant trente-cinq Centres de recherche sur l’imaginaire, provenant de l’Europe (France, Belgique, Espagne, Italie, Portugal, Pologne, Roumanie) et du monde entier (Brésil, Israël, Corée), est une structure déja en place. Créé a partir du Centre de Recherche sur l’Imaginaire de Grenoble, fondé par le grand savant Gilbert Durand, ce réseau s’est développé par l’adhésion progressive de nouveaux membres, a mesure que de nouveaux Centres étaient fondés a travers le monde. Depuis le Congres de l’an 2000, le CRI a un programme de recherche unifié et une méthodologie, ou plutôt une palette de méthodologies mises au point en commun par ses chercheurs. Le Répertoire de Centres intégrés au CRI peut-etre consulté sur le site Internet du réseau, a l’adresse électronique :
www.univ-perp.fr/lsh/rch/cri-greco
Cela veut dire que, bien que sans disposer de fonds communautaires ou en provenance d’autres sources gouvernementales ou transnationales, ces centres se sont déja réunifiés utilisant des ressources propres. C’est le meilleur indice que le réseau n’est pas factice, ni construit pour la façade, seulement en vue d’un financement, mais qu’il a une cohérence organique, issue des intérets scientifiques communs de ses membres, qu’il est donc fonctionnel et a déja un historique et des résultats proéminents (il suffit de consulter la liste de publications de ses membres ou les volumes collectifs). 
Le probleme c’est que les fonds individuels de chaque centre ne suffissent pas pour entamer une recherche de grande ampleur. Aucun de ces centres et des universités qui les accueillent ne dispose de moyens pour financer des projets de taille européenne, comprenant des participants de tous les pays de l’Europe élargie. Un financement de la part de la Commission Européenne servirait a démarrer un projet d’envergure vraiment continentale, a donner un cadre et une stabilité institutionnelle européenne a un ensemble d’unités de recherche coagulées jusqu’a ce moment seulement par des efforts individuels et a assurer aux recherches développées dans le cadre du réseau une priorité mondiale. Si l’Europe désire se créer et se réserver des domaines d’excellence dans l’activité scientifique internationale, elle doit précisément venir en aide aux chaînes de centres qui ont fait déja des breches d’originalité dans les recherches contemporaines en sciences humaines.
Le projet EURIMAG vise a élargir a tous les pays de l’Europe l’activité des Centres de Recherches de l’Imaginaire. Utilisant la base logistique existante, il se propose de mettre en contact, d’aider a la création et de développer de Centres et des groupes dans tous les pays ou du moins dans les zones principales de l’Europe, centres qu’il réunirait dans un réseau d’excellence.    
Recrutant ses scientifiques et chercheurs dans tout l’espace européen, le réseau EURIMAG va contribuer a l’intégration communautaire autant par le theme de son projet, que par sa structure réticulaire implantée dans tous les centres du continent. La clé de voute de l’activité du réseau EURIMAG serait la création d’un Institut de l’Imaginaire Européen, dans un pays et une place encore a préciser, capable de centraliser, de coordonner et d’offrir toute la logistique nécessaire pour une recherche organique et intégrée.

2. Les imaginaires.
Si le mot < imaginaire > ne fait pas partie des mots-clé de la Commission Européenne, il faudrait l’inclure a tout pris. Il est un concept essentiel pour la compréhension du comportement humain individuel et de groupe. Une tradition de facture pesamment intellectualiste a longtemps abordé, et continue de le faire, l’etre humain en tant qu’etre rationnel, dont les actions dépendent de motifs et se soumettent a des mécanismes pleinement logiques et réductibles a des diagrammes intelligibles. Or, si nous voulons avoir une meilleure perspective et compréhension des comportements des individus et des masses il faut déconstruire ce mythe de la rationalité qui ne décrit pas une réalité, mais plutôt un idéal, une utopie anthropologique. S’il est bien vrai que les schémas rationnels (des théories anthropologiques aux systemes législatifs) peuvent servir de modeles cognitifs, pédagogiques et coercitifs qui indiquent la meilleure conduite a prendre dans diverses situations morales, sociales ou politiques, il est tout aussi évident que pour appréhender, anticiper et éventuellement influencer et diriger ces conduites individuelles et de groupe il faut investiguer leurs raisons inconscientes, leurs contenus imaginaires, leurs charges émotionnelles, etc. Sinon on risque a produire des jugements erronés et des mesures irréalistes, catastrophiques meme, et ceci surtout dans les situations a potentiel conflictuel. Les guerres des Balkans et de l’Orient de la derniere décennie, ou les problemes de la gestion de l’immigration et des minorités ethniques et religieuses en Europe témoignent d’une incompréhension endémique des complexes de représentations et d’images symboliques qui gouvernent la mentalité des autres. Il ne s’agit pas, bien sur, d’adopter une attitude condescendante envers les politiciens et les diplomates, ou de donner des leçons sur l’imagination et la pensée symbolique aux responsables militaires, mais le rôle de la recherche en sciences humaines et sociales est précisément celui de mettre en lumiere de tels mécanismes et, par cela, de modifier la perception globale du grand public.
Or, la recherche européenne, surtout celle française, regroupée dans le réseau CRI, détient une priorité mondiale dans le domaine de l’exploration de l’imaginaire social et culturel. Les investigations de l’imaginaire qui se font aux Etats Unis ont une toute autre dimension théorique et méthodologique, centrées comme elles le sont sur l’aspect positif, empirique et pragmatique, visant surtout les produits (les réclames, les images médiatiques, etc.) et moins les producteurs (les individus et les groupes, avec leurs mentalités spécifiques) des images et des symboles. Le fait qu’il n’existe meme pas une traduction convenable et acceptée en anglais du syntagme < recherches sur l’imaginaire > est symptomatique.
La science moderne de l’imaginaire a été fondée vers la moitié du XXe siecle, par les travaux d’une série de philosophes, théoriciens et historiens des religions tels Gaston Bachelard, Henry Corbin, Mircea Eliade, Charles Baudouin, Charles Mauron, Gilbert Durand, etc. Leurs recherches ont mis en évidence la nature spécifique, les mécanismes de génération, de fonctionnement et de transmission des images, les relations synesthésiques, symboliques et logiques qu’elles entretiennent avec les perceptions, les souvenirs et les idées, leur rôle et leur fonctions dans le cadre du psychisme individuel et collectif, leur manifestations psychologiques, sociales et artistiques. 
Pendant les dernieres trois décennies, le réseau CRI a réussi a transformer ces investigations individuelles en un travail de recherche collective. Une série de colloques, organisés sous le patronage de Gilbert Durand, ont pris soin de redéfinir le champ de priorités et les méthodologies de la discipline. Ces nouvelles directions ont été systématisées dans des volumes comme l’Introduction aux méthodologies de l’imaginaire (1998). L’imaginaire y est défini, par Joël Thomas, le coordonnateur du volume, comme < un systeme, un dynamisme organisateur des images, qui leur confere une profondeur en les reliant entre elles. L’imaginaire n’est donc pas une collection d’images additionnés, un corpus, mais un réseau ou le sens est dans la relation >. C’est un concept nouveau, capable de révolutionner les recherches dans les sciences humanistes.
En plus de ces lignes théoriques générales de la discipline, chaque laboratoire du réseau CRI a mis au point ses propres méthodes, adaptées aux buts précis qu’il poursuit (mythodologie et mythocritique, psychocritique, psychohistoire et psychogéographie, imagologie, imaginaire du quotidien, etc.). Pour avoir une idée de la diversité, la richesse et l’acuité de l’inventaire de méthodologies utilisées dans le réseau, il suffit de faire une lecture des titres de ces laboratoires.
Le projet EURIMAG part donc d’une base bien établie autant du point de vue logistique que théorique. Son ambition, comme le suggere le pluriel du titre < Images of Europe / Les imaginaires européens >, est d’amplifier ces recherches d’une maniere multiculturelle et multinationale.

3. L’Europe.
Est-ce que les Etats Unis de l’Amérique sont un modele pour des éventuels Etats Unis de l’Europe ? Et sinon, qu’est-ce qui fait la différence ? Et comment peut-on envisager cette différence non comme une sorte de manque ou d’obstacle mais comme un avantage qu’on peut mettre a profit ? Quelles sont les limites entre globalisation et uniformatisation, entre différence et nationalisme ? Les réponses, intuitives ou élaborées, a ces questions sont faciles a donner : l’Europe se distingue des Etats Unis en ce qu’elle est un conglomérat de nations et de populations séparées par des langues, par des histoires, par des coutumes, par des traditions économiques et politiques, par des cultures fortement personnalisées. Il est plus difficile pourtant de formaliser ces différences, de les construire dans des concepts opérationnels, qui expliqueraient, plutôt que les choses en soi, les images de ces choses dans le psychique des sujets. 
De meme qu’il y a une science de l’écologie de la nature, on peut envisager une écologie des représentations mentales des individus et des membres d’une micro- ou d’une macro-collectivité. L’Europe est une telle macro-collectivité, qui a besoin d’une analyse de l’écologie de ses représentations imaginaires a fin de comprendre ses réactions tout autant intégratives que schizofrénogenes. Les individus et les groupes réagissent également aux stimuli extérieurs, matériels, économiques, physiques, qu’aux images internes qu’ils se font d’eux memes, de la famille, de l’état, du monde, des forces objectives. Qui est-ce qui est dominant dans les revendications des organisations terroristes contemporaines, les facteurs et les buts extérieurs ou les motivations et les fins symboliques ? Qu’est-ce qui pousse telles nations ou majorités et minorités a désirer l’intégration européenne et d’autres a la rejeter ? Quelles sont les tensions, non seulement matérielles, mais imaginaires et symboliques, qui déterminent ou empechent l’intégration de certains groupes ethniques ou religieux d’immigrants (musulmans, tziganes, etc.) dans les pays de l’Europe et quelles sont les réactions non moins imaginaires envers eux des ressortissants des pays d’accueil ? Ce sont des questions auxquelles seulement une discipline globale de l’imaginaire européen peut donner des réponses. Ou, plus précisément, une discipline globale des < imaginaires européens >, capable de refléter les identités spectrales d’une constellation de peuples et cultures.

 

B. Objectif du projet : L’encyclopédie de l’imaginaire européen

Le but de ce projet est de dresser un panorama des imaginaires européens, dans un tableau global qui ne soit pas une synthese réductive, mais un kaléidoscope a vue prismatique. Des syntheses partielles, portant sur tel domaine (beaux-arts et courants littéraires en spécial), sur telle époque et sur tel groupe de pays, ont été faites, mais une encyclopédie des imaginaires européens en tant que systeme total n’a jamais été envisagée. C’est un travail capable de mettre en relief l’immense organisme, avec ses compartiments, ses étages, ses couloirs, ses escaliers et ses ascenseurs, ses grandes salles et ses chambres secretes, ses caves et ses greniers, etc. de l’écosysteme imaginaire de l’Europe. 
A ce moment, les centres de recherches sur l’imaginaire disposent des méthodologies nécessaires pour l’approche pluridisciplinaire de toutes les facettes de ce complexe psychologique, mais n’ont pas les moyens logistiques et financiers de couvrir sur l’horizontale tous les pays et les collectivités de l’Europe élargie. Il faut que le réseau amplifié d’EURIMAG acquisse et déploie des laboratoires ou des points de contact dans chaque région et groupe national qui a une individualité propre, pour pouvoir dresser la carte d’un paysage imaginaire osmotique dont le centre nerveux serait un Institut de Recherches sur les Imaginaires Européens.
Conçu comme une encyclopédie en 12 volumes, a etre publiée simultanément au début en français et en anglais et ensuite dans les autres langues européennes, ce panorama envisage l’imaginaire européen selon plusieurs points de vue, correspondant autant aux domaines qu’aux méthodologies, a savoir :

1. L’Imaginaire de l’altérité (images de l’autre). Ce que plusieurs chercheurs sont venus a appeler du terme gréco-latin d’< imagologie > est une discipline qui se propose de reconstituer l’image que différents groupes et nations se donnent les uns des autres, a travers toute sorte d’informations stéréotypées, de fantasmes bienveillantes ou hostiles, d’images partagées de la collectivité. Cette perception de l’autre a toujours été le facteur principal peut-etre d’entente et de dissension entre les pays européens. Pour arriver aux enjeux politiques de la science des < images de l’autre >, il faut construire une sorte de salle aux miroirs, ou chaque mur a des angles propres de réflexion et donne par conséquence une image irréductible de l’autre, sans jamais se répéter. Ce volume sur les projections que les peuples de l’Europe se font les unes des autres serait sans doute le plus < spéculatif > (ou < spéculaire >) de tous.

 

2. L’Imaginaire de l’éducation. Nous sommes a l’image de l’éducation que nous avons reçue. Les théories actuelles de l’enseignement ont heureusement dépassé les définitions et les visions pédagogiques essentialistes des siecles passés, qui prétendaient que nous devons etre éduqués a devenir ce que nous sommes déja. Bien qu’elles acceptent l’idée de différences natives et biologiques, les pédagogies contemporaines voient ces différences non comme des marques prédestinées, mais comme des données neutres, dont l’essor dépend de l’éducation familiale, institutionnelle et sociale de l’individu. Au lieu d’etre conçues comme une source d’inégalités, ces différences apparaissent plutôt comme un réservoir inépuisable d’innovations. Le défi qui se pose a l’éducation dans une communauté multinationale et dans une société globale est de trouver les ressources de malléabilité pour stimuler et encourager dans un sens créatif toutes ces différences et non de le hiérarchiser d’une maniere limitative et castratrice. 
Pour cela, dans le cadre des consensus pédagogiques internationaux, il est important de recueillir l’expérience de chaque école pédagogique nationale et locale. Il est important de savoir comment les individus sont-ils éduqués pour comprendre comment ils vont se comporter dans tel ou tel milieu et situation. Chaque pays et chaque école a développé un certain imaginaire de l’éducation, dans un ensemble ou les normes scientifiques et psychologiques se combinent a des désirs et fantasmes collectifs et a des principes et intentions idéologiques. L’analyse de l’imaginaire de l’éducation est nécessaire pour comprendre, améliorer et, s’il est nécessaire, déconstruire ces complexes pédagogiques pas tout a fait innocents. Si elle veut contrôler ses mécanismes meme, la construction d’une communauté européenne ne peut pas se passer de l’investigation du mode de fonctionnement de ses institutions d’éducation.

3. L’imaginaire de l’histoire. Il existe une histoire de l’imaginaire et un imaginaire de l’histoire. Pendant longtemps, l’histoire a été comprise comme un tableau des événements sociaux, politiques, économiques, etc. successifs, donc comme un inventaire de faits < objectifs >. Cependant, bien que l’individu et les groupes répondent aux événements extérieurs, l’historiographie de la derniere décennie a mis en évidence que ces événements sont toujours reçus comme des images intérieures et sont donc tres fortement modélisés par les catégories de l’imagination. Plusieurs analystes de l’imaginaire historique ont pu ainsi dégager les mythes, les fantasmes, les stéréotypes collectifs qui ont présidé a des moments majeurs de l’histoire, de la Révolution française aux totalitarismes fasciste et communiste.

Chaque état et meme chaque groupe national a sa propre image de l’histoire. Quels sont les mythes des origines des français, des allemands, des hongrois ou des roumains ? Comment ont été perçus les grands moments de l’histoire européenne tels les croisades, la chute de Byzance, les Empires continentaux et les Empires coloniaux, les guerres mondiales, par chacun des pays de l’Europe ? Un volume de l’Encyclopédie de l’imaginaire européen serait destiné a reconstituer ce systeme de projections parfois cohérentes, parfois divergentes.

4. L’imaginaire des beaux-arts. L’évolution de l’art européen, depuis l’Antiquité et le Moyen Âge aux avant-gardes du XXe siecle ou au postmodernisme, est passablement bien connue. Ce qu’on n’a pas pu mettre en évidence, faute de travail en équipe multinationale, est le systeme complexe des correspondances et des transmissions entre tous les pays. Avec des concepts forts comme ceux de bassin sémantique, ruissellements, partage des eaux, confluences, nom de fleuve, aménagement des rives, méandres et deltas, créés par Gilbert Durand, les divers courants et paradigmes artistiques peuvent etre suivis dans leur évolution spatiale et temporelle a travers les milieux de toute l’Europe, dans tous leurs moments, de la genese des formes et des themes, a l’expansion et a l’irradiation des styles et des modeles, a la mort des modes et des paradigmes.

 

5. L’imaginaire du quotidien. La < grande histoire > est plutôt un mythe et une construction intellectuelle, qu’une réalité a vivre individuellement. C’est-a-dire que, quoique l’individu est parfois capable de s’élever, a travers des efforts intellectuels, a un niveau d’abstraction et de généralité qui lui permette de saisir les grandes lignes des changements dans la vie mondiale, de fait sa vie se passe a un autre niveau, bien plus élémentaire et direct. Modes et réclames, médias et loisirs, musique populaire et architecture ambientale, espace de travail et jeux, ces réalités quotidiennes jouent un rôle plus important dans la perception de soi de l’individu que les projets internationaux et les grands scénarios explicatifs qu’on lui propose ou impose. Ce volume de l’Encyclopédie va mettre en relief les images du quotidien que se font les habitants des différents pays et régions de l’Europe, avec leurs points de convergence et leurs spécificités, parfois irréductibles, parfois seulement mal comprises.

6. L’imaginaire ethnique. Les études sur le spécifique ethnique et sur l’anthropologie des peuples ont été sérieusement critiquées et amendées, surtout apres les catastrophiques résultats politiques des idéologies nationalistes de la premiere moitié du XXe siecle. Néanmoins cette prise de conscience n’a pas pénétré que d’une maniere assez superficielle dans les couches profondes des populations de l’Europe. En témoignent les résurgences des nationalismes et des fondamentalismes qui touchent aussi bien les démocraties établies de l’Europe occidentale que les pays émergents de l’Est. Pour mettre en place des projets politiques capables de désamorcer de tels foyers de tensions, il faut comprendre les systemes interconnectés et conflictuels d’images qui opposent ou, dans les meilleurs cas, harmonisent les groupes. Ce volume de l’Encyclopédie relevera la carte des projections imaginaires de soi des populations de l’Europe élargie. Quels sont les mythes constitutifs de telle ou telle société, quels sont les symboles par lesquels se définit telle ou telle collectivité, quelles sont les images par lesquelles les individus perçoivent leur groupe ou leur pays et les groupes des autres ? Avant de tenter des projets politiques (ou des interventions militaires) il faut comprendre l’image culturelle et nationale de soi des partenaires, sinon les incompréhensions peuvent tourner au désastre.

7. L’imaginaire géographique. Au début du dernier siecle étaient de mode les < morphologies culturelles > qui différenciaient les cultures par les catégories de la perception de l’espace. Bien que cette approche essentialiste et réifiante ait été abandonnée, toujours est-il reste que les comportements des individus et des groupes s’étayent sur une certaine image de l’espace géographique qu’ils habitent. Si les catégories spatiales ne sont plus comprises comme des invariants anthropologiques, par contre elles doivent etre examinées comme des grilles de perception imaginaire. Quels sont les contours continentaux de l’Europe et du monde, y a t’il des frontieres naturelles entre les cultures et les religions, ou des < chocs de civilisations >, les gens du Nord sont-ils plus sérieux et travailleurs que les gens du Sud, les peuples de l’Est sont-ils moins civilisés que ceux de l’Ouest ? Ce sont des questions a visée politique aussi, parmi beaucoup d’autres themes (imaginaires de la mer, de la montagne, des marais et des fleuves, des forets et des champs, etc.) abordés par ce volume sur l’imaginaire géographique des différents peuples européens.

8. L’imaginaire littéraire. A l’instar de l’imaginaire des beaux-arts, celui des oeuvres littéraires est un peu mieux connu que les autres types d’imaginaire social et culturel. Les courants esthétiques, les poétiques des mouvements et des créateurs ont fait le sujet d’études comparatistes qui ont suivi leur diffusion a travers les diverses cultures et littératures européennes. Littérature classique, littérature médiévale latine, Renaissance et Baroque, Classicisme et Illuminisme, Romantisme et Avant-gardes, etc., ont fait l’objet de recherches déja centenaires. Mais il faut souligner que ces enquetes restent toutefois limitées, autant en ce qui concerne leur amplitude que leur méthodologie. Pour ce qui est de leur ouverture, meme quand elles sont le résultat d’un travail de groupe et pas d’un seul individu, ces syntheses sont d’habitude l’oeuvre de groupes recrutés dans un seul pays, et non de spécialistes de tous les pays. De l’autre côté, il faut souligner que les méthodologies ont évolué aussi, que des nouvelles approches, diffusionnistes, par < matieres > (de Bretagne, d’Irlande, classique, chrétienne, etc.), ont révolutionné la compréhension de la dynamique des paradigmes littéraires et nécessitent de nouvelles syntheses comparatistes.

9. L’imaginaire médiatique. L’ere informatique que nous vivons a beaucoup changé notre rapport au monde. La révolution de l’image et l’apparition de l’hyperespace a doublé le monde naturel d’un monde virtuel, d’un miroir qui ne respecte pas forcement l’original. S’il est vrai le globe tend a devenir un < village global > ou tout le monde est potentiellement informé de tout ce qui se passe dans tous les recoins de la planete, il n’est pas moins vrai que cette connaissance n’est pas directe, mais transformée et manipulée par les producteurs d’images. Et si on ne peut pas éviter les déformations, il faut au moins essayer de comprendre leurs mécanismes. Quelles sont les différences entre les scenes vécues et les images filmées, comment les réclames agissent-elles sur l’inconscient du public, quelle est la plage de réception et de résistance de différents groupes face aux < colonisations des imaginaires >, comment les nouveaux mythes et héros du monde actuel sont-ils créés par les grandes productions cinématographiques, les campagnes publicitaires et le systeme de < stars > ? Et quelles sont les différences de sensibilité, de perception et d’appréhension qui caractérisent les différents pays de l’Europe ?

10. L’imaginaire politique. En accord avec le progres des média, la politique est devenue elle aussi un art de la manipulation par images. Les pouvoirs politique, économique et militaire tendent a etre subordonnés au pouvoir de l’information. Les campagnes d’élections sont devenues des < super shows > avec des Misses et des Misters dirigés par des équipes de campagne d’image. Mais cette évolution contemporaine ne doit et ne peut pas cacher le fait que, meme dans le passé, l’acquisition des positions et des rôles politiques a été une question d’image, des < princes > celtiques de l’époque de Hallstatt aux rois de l’âge classique ou aux dictateurs du XXe siecle. De beaux livres ayant déja commencé a exposer cette face fantasmatique de la politique, ce qu’il reste a faire c’est de centraliser ces études dans une synthese capable de miroiter tous les imaginaires politiques de l’Europe.

11. L’imaginaire religieux. Avant le désenchantement moderne du monde et l’imposition de la perspective positiviste et athée, les sociétés humaines ont perçu pendant des millénaires l’univers dans les termes d’une explication religieuse. Beaucoup continuent de le faire encore aujourd’hui et on a argumenté que les athéismes et les scientismes actuels ne sont que des formes déguisées et détournées de comportements religieux. Mais le relativisme postmoderne nous a appris encore plus, a savoir que nous ne pouvons plus nous permettre de juger ces visions comme illusoires et pernicieuses, comme des formes inférieures et méprisables de cognition. Par contre, en tant que systemes explicatifs du monde, elles s’averent avoir été et etre des complexes cognitifs complets et auto-suffisants. Elles sont des modeles alternatifs qui constituent un réservoir inégalable de solutions au moment ou d’autres modeles, dominants, entrent en impasse. Si on veut conserver non seulement la richesse des diverses cultures européennes, mais aussi notre disponibilité de changer de point de vue, si nécessaire dans le contexte actuel de la globalisation, il faut savoir utiliser l’histoire des religions, l’anthropologie et l’ethnologie comme des instruments de pensée. Des croyances du néolithique et du chamanisme des chasseurs et des pasteurs aux religions polythéistes de l’antiquité et aux monothéismes du Livre, l’Europe offre un panorama éblouissant de visions religieuses, avec des dynamiques imprévisibles et révélatrices, que seulement un grand travail en équipe peut espérer de saisir dans son inextricable complexité.

12. L’Imaginaire scientifique et technologique. Dans son livre sur La formation de l’esprit scientifique, Gaston Bachelard a démontré que les idées et les théories scientifiques ne sont pas des constructions abstraites, érigées seulement avec des notions < neutres > et des relations logiques, mais qu’elles sont imprégnées par des représentations perceptives et imaginaires tres fortes, qui peuvent réorienter ou falsifier le sens des systemes les plus < scientifiques >. Ce qu’il est intéressant c’est que Bachelard, affirmé en tant que philosophe de la science, a trouvé bon de continuer ses travaux par la < psychanalyse > des éléments de la physique aristotélicienne (le feu, l’air, l’eau et la terre). La morale de cette évolution est qu’il est improductif de vouloir isoler et bannir l’imaginaire de la raison scientifique, que la maniere la plus sage d’approcher ce probleme est de reconnaître le spécifique de chaque forme de savoir et de le faire travailler ensemble. Révéler les fondements subliminaux et fantasmatiques des approches scientifiques et des créations technologiques n’est pas seulement un exercice d’inventorier les dimensions méconnues des activités humaines, mais aussi de pénétrer aux sources de l’intuition, de l’inspiration et de l’invention humaine.

Dresser un tel panorama pluri-perspectiviste de l’imaginaire des Européens n’est pas un simple travail d’érudition scientifique. Ce n’est pas une simple synthese, de grande envergure, certes, mais destinée a un public lettré ou spécialisé. Elle est plutôt le grand portrait de famille de l’Europe, que le continent ne peut pas éviter de se faire au moment des grandes retrouvailles représentées par l’intégration. Elle offre autant un point de récapitulation et de synthese de qui nous sommes, que des points de départ pour la compréhension et la solution des frictions et des problemes qui existent déja et qui ne cesseront pas de surgir.

En plus, un tel portrait < cubiste >, qui ambitionne de surprendre simultanément toutes les dimensions des cultures et des peuples européens, est aussi une sorte de répétition et d’anticipation d’une révolution anthropologique dont est gros le monde contemporain. Il s’agit de ce qu’on appellerait l’apparition du sujet multiple. On a souvent déploré ce processus de multiplication des facettes et des personnalités intérieures comme une forme de maladie de l’âme moderne, qu’il faut soigner par des projets de réintégration et de rétotalisation de soi. Mais, sur le plan social, de tels projets < curatifs > ont abouti a des sociétés totalitaires, réductrices et stérilisantes, qu’il faut apprendre a déconstruire si on veut éviter les persécutions, les holocaustes et les goulags. Or, pour accepter des structures politiques libérales ou décentralisées qui n’écrasent pas les individualités, il faut peut-etre commencer par accepter en soi-meme les multiples jeux de rôles que nous imposent les pressions divergentes de la vie contemporaine. D’une pathologie (il existe en effet le diagnostic de personnalité multiple), il faut transformer la condition de sujet multiple en un mode de vie ouvert et disponible. Un des meilleurs exercices dans ce sens est l’étude de la diversité et de la différence, la construction des grands panoramas de l’altérité.

 

 

C. Administration du projet.

            Pour la réussite d’un tel projet, il faut que les méthodes soient adaptées a la nature de l’objet. Pour réaliser l’encyclopédie multidisciplinaire et spectrale du complexe multiforme qu’est l’imaginaire européen, il faut concevoir une structure de recherche tres souple et pénétrante a la fois. C’est pourquoi le réseau EURIMAG est censé fonctionner sur des lignes de responsabilités réversibles, qui engagent la participation active de tous les membres et laisse au Bureau central un rôle plutôt d’harmonisation que d’imposition de fonctions et de tâches. 
Plus spécifiquement, le réseau EURIMAG est constitué par deux jeux d’unités, l’une de facture administrative (les Centres coordinateurs par état ou région), l’autre de facture scientifique (les douze Ateliers de recherche reflétant les dix domaines théoriques du projet). Les Centres coordinateurs offrent aux Ateliers les spécialistes du pays respectif dans chacun des domaines envisagés, alors que les Ateliers demandent aux Centres d’organiser pratiquement leurs rencontres, colloques, publications et autres activités de recherche, enseignement et diffusion. Ainsi par exemple, un Atelier dirigé par un responsable d’un pays sera accueilli par un Centre d’un autre pays, évitant la superposition des tâches de recherches aux corvées organisatrices et impliquant tout le monde dans un systeme de responsabilités a double sens.

Composantes :

I. Le réseau EURIMAG

1. Composition :
Les Centres de Recherches sur l’Imaginaire des pays de l’Europe qui désirent participer dans le projet EURIMAG

2. Attributions :
a. Le réseau EURIMAG est l’organisation mere qui, dans les cadres d’une Réunion générale, mandate le programme EURIMAG
b. Il investit les membres du Bureau de coordination de l’EURIMAG
c. Il fait des suggestions pour les directeurs des 12 Ateliers EURIMAG
d. Il supervise l’activité du Bureau de coordination l’EURIMAG, jugeant les Rapports annuels fait par le Bureau, le cas échéant pouvant sanctionner ou révoquer le Bureau, toujours dans les cadres d’un réunion générale
e. Il reçoit et apprécie le Rapport final du Bureau sur le programme EURIMAG et décide des mesures et plans ultérieurs du réseau

 

II. Le Bureau de coordination du Programme EURIMAG

1. Structure :
Directeur du Programe
Trois Coordinateurs par régions : 
- Europe du Nord
- Europe du Sud
- Europe de l’Est
Consultant juridique (finances, propriété intellectuelle, etc.)

2. Attributions :
a. Il contacte les Centres de Recherches sur l’Imaginaire et les invite a constituer le réseau
b. Il investit, a partir des propositions faites par la Réunion du réseau, les directeurs des Ateliers EURIMAG
c. Il centralise et coordonne les activités organisées par les Centres coordinateurs par états ou régions
d. Il centralise et coordonne l’activité des Ateliers
e. Il s’occupe des activités de finalisation du projet : traductions, préparation des volumes, publication, etc.
f. Peut a la limite constituer le noyau d’initiative pour la création de l’Institut de Recherches sur les Imaginaires Européens

 

III. Les Centres coordinateurs par pays ou régions

1. Composition :
Au moins un directeur de Centre ou un responsable d’activité pour chaque pays ou région de l’Europe qui fera le sujet des études organisées dans le cadre des Ateliers EURIMAG
(Liste provisoire : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, France, Grande Bretagne, Grece, Finlande, Hongrie, Italie, Norvege, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Tcheque, Roumanie, Russie, Serbie, Suede, Suisse, Turquie)

2. Attributions :
a. Chaque responsable par pays désigne les spécialistes qui représenteront le pays dans chacun des Ateliers EURIMAG
b. Prend en charge l’organisation d’une ou de plusieurs activités des Ateliers EURIMAG (réunions de travail, colloques, conférences, publications, etc.)
c. Assure la traduction dans leurs langues respectives des textes produits par les membres des Ateliers EURIMAG

 

IV. Les Ateliers EURIMAG

1. Composition
Douze coordinateurs d’ateliers, personnalités de prestige qui ont des contributions décisives dans les domaines respectifs
Chaque atelier est constitué par les spécialistes dans le domaine respectif proposés par chaque Centre coordinateur national

2. Attributions :
a. Chaque coordinateur assure la coordination et l’unité théorique, méthodologique et de recherche des membres de son atelier
b. Il conseille et supervise les travaux des membres
c. Il fait la révision finale des travaux des membres et le travail de synthese
d. Il fournit au Bureau de coordination ou au responsable désigné par celui-ci le résultat du travail de recherche de son atelier, pour publication en volume, sur le website du réseau, etc.
e. Les membres des ateliers travaillent en équipe a l’élaboration du panorama des imaginaires européens, chacun apportant son expertise pour son pays ou région

 

D. Résultats et diffusion.

Les travaux de recherche qui se dérouleront dans le cadre du réseau EURIMAG se concrétiseront dans plusieurs types de résultats, qui seront diffusés et publiés de plusieurs manieres :

1. Présentations, conférences, colloques et symposiums organisés par les Ateliers de recherche et leurs membres

2. Cours, séminaires et thématiques de travail offertes aux étudiants des universités EURIMAG ou qui accueillent les professeurs et les chercheurs EURIMAG

3. Dissertations et doctorats sur des themes EURIMAG dirigés par les professeurs du réseau

4. La constitution d’un Consortium de Centres de Recherches sur l’Imaginaire, regroupant universités des plusieurs pays. Ce consortium peut envisager des programmes d’enseignement et d’échanges tel Erasmus Mundus

5. Articles et études individuels publiés par les chercheurs EURIMAG

6. Numéros thématiques dédiés aux themes de recherche EURIMAG par les revues éditées par les membres du réseau

7. Volumes collectifs dirigés par les coordonnateurs des Ateliers EURIMAG et autres spécialistes

8. Volumes individuels publiés par les membres du réseau EURIMAG

9. Traductions systématiques, éventuellement dans des collections spécialisées comme Mundus Imaginalis de Cluj (Roumanie), des principaux volumes de la théorie et de la méthodologie de l’imaginaire dans différentes langues de l’Europe

10. Un Digital Campus offrant la possibilité d’acces électronique a la base de données comprenant les résultats des recherches des Ateliers

11. L’Encyclopédie de l’Imaginaire Européen, en 12 volumes, a etre publiée simultanément en anglais, français et plusieurs autres langues européennes

12. La fondation de l’Institut de Recherches sur les Imaginaires Européens. Bien qu’un tel Institut nécessite des fonds (un endowment) supplémentaires, sa structure administrative et sa base logistique seront déja constituées par le réseau EURIMAG

 
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